Corentin Charbonnier. Photo DR/Corentin Charbonnier
Où est la scène metal française en 2025 ? Vitalité réelle ou simple survie des dinosaures ?
« Elle est plus vivante que jamais. Mass Hysteria, créé en 1993, sort d'une année record et ses concerts se jouent à guichets fermés. Gojira est au sommet. Et en parallèle, des groupes portés par des jeunes musiciens explosent sans nécessairement avoir une grosse couverture médiatique. Il y a à la fois une continuité impressionnante et une vraie relève. »
C'est surtout le « metalcore » très moderne qui semble porter ce renouveau, le groupe français LANDMVRKS en tête. Est-ce la nouvelle vague qui va tout changer ?
« Oui, c'est une locomotive. Mélange d'électro, de rap, d'image ultra-travaillée : cette scène parle à un public de moins de 30 ans et renouvelle complètement l'énergie et l'esthétique. On assiste à l'arrivée d'une génération de « métalleux » qui n'a plus grand-chose à voir avec celle d'il ya vingt ans. »
Ces jeunes groupes sont-ils plus « crossover », moins cloisonnés que leurs aînés ?
« C'est la surprise. Les jeunes qui remplissent les concerts de LANDMVRKS écoutent aussi Iron Maiden et Metallica en boucle. Il y a une culture commune extrêmement solide qui traverse les générations ; mais le grand mélange des genres, on ne l'observe pas encore massivement. »
« On parle désormais de communautés métal au pluriel »
On a souvent dit que le métal était une musique de vieux. Pourtant, Choses étrangesla série de Netflix qui concerne beaucoup les jeunes, a remis Metallica au sommet des streams chez les ados. Le métal fait-il enfin partie de la pop culture ?
« C'est une vision très française. Le metal est dans la pop culture mondiale depuis plus de trente ans : dans les jeux vidéo, des séries comme Les Simpson, Parc du Suddans des films d'action… Choses étranges n'a fait que le rappeler à ceux qui, en France, parviennent encore dans le déni. »
En 2025, une fréquentation de 280 000 personnes en quatre jours : le Hellfest est devenu le plus gros festival français de musique, tous genres confondus. Comment l'expliquer ?
« Parce qu'il ne rassemble plus seulement des fans de métal. Entre 20 et 30 % du public vient pour l'événement, l'ambiance, le tourisme festif. Avec des têtes d'affiche plus accessibles et une communication exceptionnelle, le Hellfest est devenu une porte d'entrée grand public et même une marque territoriale – on peut visiter le site toute l'année. »
Exposition « Metal » à la Philharmonie, Gojira à la cérémonie d'ouverture des JO et qui reçoit un Grammy Awards… Le genre accède-t-il enfin à une respectabilité institutionnelle ?
« Il y a une fragmentation : on parle désormais de communautés metal au pluriel, segmentées par sous-genres et par générations, heavy metal historique, hardcore, thrash, death ou black metal contemporain, qui séduisent différentes catégories d'âge. Les dinosaures (Kiss, Metallica, Maiden, etc.) ont toujours eu une intelligence marketing que les nouvelles générations amplifient avec les codes des réseaux sociaux : esthétiques plus colorées, communication ultra-personnalisée. Les groupes ont des communautés sur les réseaux sociaux, ils ont tout à fait les codes de leur génération.
« Des groupes cultivant un radical underground »
Aujourd'hui il y a une forme de personnalisation, c'est-à-dire que chacun veut avoir sa chaîne avec son média, se montrer et expliquer la vie aux autres. C'est une logique de marché très « mainstream » (conforme aux standards, NDLR), très globalisante. Résultat : une visibilité maximale. On trouve des tee-shirts Gojira chez Gémo et, en même temps, des groupes cultivant un underground radical qui rejette tout cela, ils ne veulent pas être récupérés. »
Le métal peut-il être à la fois populaire et conserver son identité de contre-culture ?
« C'est sa grande force et sa tension vitale actuelle. Il vit parfaitement cette dualité : capable d'emplir des stades avec Metallica ou le Hellfest et, dans le même temps, de produire des niches extrêmes qui ne veulent surtout pas être grand public. Tant que cette ambivalence tient, le métal ne risque pas de mourir. »




